Le monument de la Victoire

Rappel historique du monument

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La ville de La Ferté Macé a honoré dès 1921 les soldats tombés lors de la Grande Guerre par un monument aux morts, dans le cimetière. La liste des « morts pour la France » est également gravée dans le déambulatoire de l’église.

Louis ORHANT, l’employeur et le mentor de Marcel Pierre a eu l’idée d’un monument pour raconter les grandes étapes de la guerre et exalter la victoire. Il charge son élève, Marcel PIERRE de faire un projet. Marcel Pierre réalise une maquette en plâtre qui est exposée dans la vitrine de M. ORHANT, rue d’Hautvie en juin et juillet 1925, le temps de susciter l’intérêt public et le désir de mécènes capables de persuader le Conseil municipal d’y donner suite et de contribuer par une souscription à financer le projet.

Le Conseil municipal décide le 20 juin 1926 d’ériger le monument, à l’emplacement occupé par la fontaine de Diane depuis 1890 (actuellement dans le Parc Barré-saint)

La réalisation du monument

Marcel Pierre a travaillé pendant deux années, sur place, à l’abri de palissades et de bâches.

Afin de financer ce monument, La ville de La Ferté-Macé lança une souscription et écrivit aux principales entreprises fertoises pour solliciter leur générosité. Des archives nous permettent aujourd’hui d’évaluer le financement à 41 811,35 francs pour 80 donateurs. Parmi les autres donateurs, nous trouvons aussi le maire, le curé Doyen de La Ferté-Macé ou encore des industriels. Vous trouverez ci-dessous le budget pour ce projet :

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A l’origine, Marcel PIERRE avait envisagé d’utiliser de la pierre rose du Bas-Rhin mais la pierre était trop coûteuse. Marcel PIERRE fit le choix de sculpter ce monument avec de la pierre de Lavoux pour la partie architecturale et de la pierre d’Euville pour les hauts-reliefs.

L’arrivée de ces pierres se fît en train à la gare de La Ferté-Macé avant d’être transférées à la scierie COURTIN puis au chantier du monument, devant l’église. Le poids total de ces blocs s’élevait à 90 800 kg.

Le monument est inauguré le 7 octobre 1928 au milieu d’un grand concours de peuple. Le général Gouraud, gouverneur militaire de Paris, invité d’honneur vante l’originalité de l’œuvre et déclare : « J’ai vu beaucoup de monuments, je n’en connais pas qui donne plus fidèlement, plus complètement l’image de la guerre, de la douleur, de la séparation, les malheurs de l’invasion, la volonté de vaincre, l’officier au milieu de ses hommes».

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D’emblée, le monument de La Ferté Macé fut reconnu exceptionnel, il est le chef d’œuvre de Marcel Pierre.

Les caractéristiques du monument

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Afin de réaliser son monument et surtout de pouvoir le présenter, Marcel Pierre a réalisé une maquette de 50 cm en plâtre. Au sommet de cette maquette, on retrouve un casque qui n’a pas été réalisé sur l’oeuvre finale. D’autres petits détails seront modifiés par la suite. Cette maquette sera exposée durant 6 mois dans la vitrine du magasin de Louis Orhant, rue d’Hautvie. Elle attirera très vite l’attention de la population, avec de nombreux donateurs qui se manifesteront suite à cette exposition.

 

Ce monument, oeuvre principale de Marcel PIERRE a nécessité plus de deux années derrière des palissades et des bâches. Les dimensions sont impressionnantes :

  • Une base de 7x7m
  • Une stèle centre de 6,90m
  • Les personnages de 1,70m

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Le caractère original de cette oeuvre est la représentation sur ses 4 hauts-reliefs des 4 grandes étapes de la guerre et qui décrivent :

  • La mobilisation (2 août 1914) : la douleur de la séparation. On y voit le mari partant à la guerre, sa fille et son épouse lui disant au revoir.
  • Le départ-l’invasion (août-septembre 1914) : Les malheurs de l’invasion. Départ de la famille lors de l’arrivée des soldats allemands, représentée par un soldat à casque à pointe.
  • La bataille (août 1914 – 11 novembre 1918) : La volonté de vaincre. Scènes d’action, masque à gaz, la marine et l’aviation.
  • La victoire (11 novembre 1918) : l’officier au milieu de ses hommes qui brandit un casque et tient une couronne de laurier. Marcel Pierre a représenté l’officier sous les traits du capitaine Maurice Retour, jeune industriel fertois, tué sur le front de Champagne en septembre 1915 à 26 ans.

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L’autre caractéristique de ce monument est la présence d’un aigle royal, symbole de l’Allemagne sur la face de la victoire. Initialement, le soldat foulait cet aigle, mais à l’arrivée des Allemands en 1940, il fut demandé à Marcel PIERRE de supprimer cet aigle, sous peine de dynamiter le monument. Cet aigle ne fut jamais reconstruit. L’illustration ci-contre montre la présence de cet aigle, aujourd’hui disparu. On peut voir la trace du martelage aux pieds de l’officier.

 

Une dernière caractéristique de ce monument est l’absence de noms de « morts pour la France ». C’est que ce monument n’est pas un monument aux morts. Le vrai monument aux morts de La Ferté-Macé se trouve au cimetière, avec 219 noms inscrits. Dans le déambulatoire de l’église, de part et d’autre du chœur, deux grands panneaux portent eux 228 noms !

Un style qui n’a pas plu à tout le monde

Dans ses recherches sur la vie de Marcel PIERRE Michel LOUVEL a relevé, parmi les témoignages et les articles de presse relatifs au monument, des critiques négatives, ainsi la lettre adressée au maire de La Ferté-Macé le 31 janvier 1926 par Albert Guérin : « Je connais le monument qu’il a fait à Carrouges cela est déplorable pour lui… Monsieur le maire, n’est pas statutaire qui s’en donne le titre… Il faut faire des études… »

Sans doute la réaction d’un jaloux dépité de ne pas avoir été choisi !
Aujourd’hui personne n’oserait reprocher à Marcel PIERRE de ne pas être un vrai statuaire et la ville de La Ferté-Macé s’enorgueillit de posséder un monument aussi remarquable.